Notes sur Cimex hirundinis Lamarck, 1816 (Hemiptera ; Cimicidae)
JM BERENGER – 2026
Généralités :
Dans la famille des Cimicidae, on compte plus de 100 espèces à travers le monde, réparties en 6 sous-familles et 24 genres. La majorité sont inféodés aux chauves-souris, d’autres sur oiseaux et deux espèces à l’Homme, Cimex lectularius et C. hemipterus.
Cimex hirundinis est une espèce qui a pour hôte plus d’une vingtaine d’oiseaux (Trilar et al. 1997), principalement les hirondelles d’où son nom. Cimex hirundinis était classée jusqu’à peu dans le genre Oeciacus Stal, 1873 mais les travaux de Balvin et al. 2015, basés sur des analyses moléculaires, ont mis en synonymie ce genre avec Cimex Linnaeus, 1758.
Morphologie – Biologie :
Cimex hirundinis est une espèce de petite taille, 3 – 3,5 mm, de couleur marron clair/beige, caractérisée par des soies très longues sur le corps. Ces soies se chargent facilement de terre du nid ce qui les rend difficile à distinguer. La femelle a un abdomen plus arrondi et sa taille est légèrement supérieure au mâle (fig. 1).
Cette espèce se nourrit du sang d’oiseaux, hirondelles surtout, leur hôte principal. Les repas de sang sont nécessaires à la femelle pour la maturation des œufs, œufs qui seront collés au support. Comme pour Cimex lectularius, les œufs sont pondus quotidiennement en petite quantité (fig. 5). Dans certains nids, la population de Cimex hirundinis est très importante, entrainant des piqures multiples sur les oiseaux et notamment les jeunes qui peuvent en mourir (anémie). La présence des punaises est visible de l’extérieur par la constellation de déjections couvrant la surface (fig. 2) Nous avons ainsi régulièrement trouvé des jeunes morts et secs dans les nids analysés. Lors de nos manipulations de spécimens en laboratoire, nous avons noté un fort comportement de simulacre de mort chez ces punaises (thanatose) ainsi qu’une forte odeur typique des punaises du genre Cimex.
Lorsque les hirondelles quittent le nid pour leur migration, les punaises restent dans ou autour du nid, cachées dans les crevasses de terre pour passer l’hiver. Elles peuvent donc supporter des températures très basses. Durant cette période, les punaises sont en diapause : il n’y a plus de repas de sang, plus de ponte et plus d’évolution des stades immatures.

Fig. 1 : Cimex hirundinis adultes ; 1, mâle ; 2, femelle

Fig. 2 à 5 : Cimex hirundinis ; 2, in situ, sur nid hirondelle ; 3-4, spécimens cachés dans les fentes de terre du nid ; 5, œufs
Cimex hirundinis et Cimex lectularius appartiennent à la sous famille des Cimicinae et partagent de nombreux caractères morphologiques et biologiques : corps ovale et plat permettant de se cacher dans des fissures, couleur marron, activité nocturne, 5 stades immatures. Lorsque Cimex hirundinis se retrouve dans des habitations, elle peut être confondue avec Cimex lectularius (ou Cimex hemipterus). Toutefois des comportements anormaux doivent éveiller l’attention du professionnel 3D : punaises se déplaçant autour des fenêtres, sur les murs en plein jour, avec un comportement d’errance, une taille plus petite pouvant être confondue avec des stades jeunes. Au niveau de l’environnement, on notera la présence de nids d’oiseaux, surtout hirondelles, autour des fenêtres ou sous toit. Ces différences biologiques sont très importantes : un traitement classique pour punaises de lit sera voué à l’échec si la vraie source est un nid d’hirondelle qui réinfestera continuellement l’habitation. Dans tous les cas, s’il y a un doute, ne pas hésiter à collecter des spécimens pour identification par un spécialiste ou à l’aide de la clé ci-dessous (fig. 6).

Répartition
Cette espèce a une large répartition en Europe et Afrique du nord : Allemagne, Belgique, Irlande, Angleterre, Norvège, Suède, Danemark, Russie, France, Hollande, Pologne, Autriche, Albanie, Tchécoslovaquie, Hongrie, Yougoslavie, Roumanie, Suisse, Portugal, Algérie, Bulgarie, Turquie, Sardaigne, Grèce, Liban, Maroc, Tunisie. Sa répartition est certainement plus large (Usinger, 1966 ; Aukema & Rieger, 1996)

Fig. 7 : Cas recensés en France 2020-2025 (données INELP)
A noter que dans deux cas, les punaises se sont installées et ont piqué les habitants, un cas dans un lit, un cas dans un canapé. Pour les deux cas, lit et canapé étaient situés sous une fenêtre avec nid d’hirondelle.
Usinger (1966) cite que les punaises d’hirondelles (genre Oeciacus) peuvent piquer les hommes lorsqu’ils dérangent les nids. Brumpt (1936) signale un cas d’infestation importante dans un bâtiment de la défense mobile en Corse avec de nombreuses personnes piquées. Un cas d’infestation au Japon à Tokyo avec C. hirundinis a été rapporté, l’espèce d’hirondelle était Delichon dasypus (Komatsu et al. 2023). C. hirundinis a été également détectée dans un appartement au Portugal (Grosso-Silva, 2023). En Italie, des chercheurs rapportent le cas de deux fermiers piqués à de multiples reprises dans leur grange par Cimex hirundinis durant la saison hivernal (Hansel et al., 2018). L’INELP a investigué un cas dans la ville de Toulouse pour lequel des punaises Cimex hirundinis avaient infesté une maison avec de nombreux nids d’hirondelles au-dessus des fenêtres (Hamlili et al., 2021).
Impact santé
A ce jour, Cimex hirundinis n’est pas considéré comme vecteur de pathogène pour l’Humain.
Concernant l’espèce voisine américaine, Cimex vicarius, qui a aussi comme hôte principal des hirondelles, des essais en laboratoire ont été menés avec le virus West Nile et les résultats montrent que Cimex vicarius n’est pas compétente pour ce virus (Oesterle et al. 2010).
Chez Cimex hirundinis, des recherches récentes ont mise en évidence la présence du virus Usutu par biologie moléculaire chez cette espèce, durant l’hiver et en l’absence d’hirondelle.
Donc cette espèce pourrait être un réservoir de ce virus (Sikutova et al. 2024). Nos recherches sur le cas de Toulouse cité plus haut ont montré la présence d’endosymbiontes Wolbacchia spp., analogues à Wolbacchia massiliensis. Les recherches d’autres bactéries – Bartonella, Rickettsia, Borrelia – sont restées négatives (Hamlili et al., 2021).
Le tableau ci-dessous rassemble nos connaissances actuelles sur les virus détectés chez des Cimicidae (Blitvich, 2025)

On voit que la vigilance doit rester de mise avec ce type d’insecte qui a pour hôtes principaux des oiseaux mais qui peut occasionnellement piquer des Humains.
Lutte – Prévention
Plusieurs demandes de conseils de 3D ont été reçues à l’INELP à la suite de cas identifiés et
présence de ces punaises à l’intérieur de l’habitat. Il y a trois choses à considérer :
- Exclusion : pose de moustiquaire, colmater les fentes de communication (Rubson) à la jointure bois /ciment ou PVC/ciment, insecticide ou répulsif autour du cadre de la fenêtre
- A l’intérieur : aspiration, vapeur, insecticide type pyrèthres végétaux (pas de résistance)
- Hors saison de nidification, éliminer ou traiter les nids en concertation avec la LPO locale. Les hirondelles sont des oiseaux protégés.
A noter que la détection canine est possible avec Cimex hirundinis. Au moins 4 sociétés canines différentes du syndicat SDCPL ont testé avec succès la détection canine sur Cimex hirundinis vivantes.
Remerciements
Tous nos remerciements aux acteurs suivants (entres autres) :
Société Manico 3D, LPO (JP Lamonnier), Ecoflair, C. Thenoz, J. Buckley (ATN), Nocibilis, Rapidnuisibles, Alsace Habitat, ABC3D, Exter-Protek, Nuisi’clean, Fiecha T.
Principales références
Aukema B. et Rieger C., 1996 – Catalogue of the Heteroptera of the Palearctic region
Balvin O., Roth S. & Vilimova J., 2015 – Molecular evidence places the swallow bug genus Oeciacus Stal within the bat and bed bug genus Cimex Linnaeus (Heteroptera: Cimicidae).
Systematic Entomology, 40: 652-665.
Blitvich B.J., 2025 – The role of hematophagous arthropods, other than mosquitoes and ticks, inarbovirus transmission. Viruses, 2025, 17, 932.
Brumpt E., 1936 – Précis de parasitologie. Masson & Cie, 2139 pp.
Hamlili Z.F., Bérenger J-M., Diarra Z. A., Parola P., 2021 – Molecular and Maldi-Tof MS identification of swallow bugs Cimex hirundinis (Heteroptera:Cimicidae) and endosymbionts in France. Parasites & Vectors, 14: 587
Hansel K., Bianchi L, Principato M, Iolanda M, Principato S, Lanza F & Stingeni L, 2018 – Occupational human infestation due to “martin bug” (Oeciacus hirundinis, Hemiptera: Cimicidae). International Journal of Dermatology, 58: 115-116.
Oesterle P. et al. 2010 – Cliff swallows, Swallow bugs, and West Nile virus: An unlikely transmission mechanism. Vector-Borne and Zoonotic Diseases, 10 (5): 507-513.
Trilar T., Gogala A. & Gogala M., 1997 – Distribution of the swallow bug (Oeciacus hirundinis) in Slovenia, with an unusual finding in a fat dormouse (Myoxus glis) nest. Acta Entomologica Slovenia, 5(1): 45-50.
Usinger R. L., 1966 – Monograph of Cimicidae. The Thomas Say Foundation, vol. VII : 585 pp.