L’expertise d’une habitation mets à jour une contamination de punaises par des hirondelles

Le mercredi 01 Juillet 2020 Mr X , résident dans la banlieue de Toulouse fait appel la société d’expertise canine Y pour un problématique punaise de lit. Il réside dans une maison de type T6, qui possède un étage . Les faits sont les suivants :

La veille, mardi 30 juin dans la soirée, Il reçoit des amis. Ils sont sur la terrasse, à l’extérieur quand ils voient sortir d’un sac appartement à un des visiteurs, posé sur la table, deux insectes qu’ils pensent être des punaises.
Le sac était resté posé auparavant dans le salon .

Il est décidé de faire appel à une expertise canine : Pas de présence de punaises de lit dans le salon, ni nulle part dans le logement. Pas de présence de punaises de lit sur le balcon, qui a été lavé au jet juste avant.

Il est alors décidé de mener un investigation au domicile du propriétaire du sac “contaminé” dès le lendemain : L’expertise canine est formelle, aucune présence de punaises de lit là non plus.

Au troisième jour, Mr X dit avoir vu de nouvelles punaises sur le bras de sa compagne et sur la table, alors qu’il déjeune en famille sur la terrasse. Il dit avoir vu également quelques insectes au sol. La famille vit fenêtres et portes ouvertes en cette période estivale.

Jour quatre : Nouvelle expertise canine, il y a cette fois présence de punaises dans une chambre, et sur le canapé du salon, installé prés de la porte fenêtre qui donne sur la terrasse.

Conclusion de l’expertise : Aussi improbable que cela puisse paraître, une contamination inexpliquée semble venir de l’extérieur. L’expertise se poursuit et il est décidé d’inspecter les nids au dessus de la terrasse au moyen d’une échelle. Le verdict tombe : des traces de déjections par centaines au niveau du pourtour des nids d’hirondelles, et directement sur les nids sont constatées. Mr Jean-Michel Bérenger, entomologiste médical au CHU la Timone à Marseille, est alors contacté afin de confirmer et poursuivre les investigations. Il s’agit aussi pour tous de trouver des solutions à cette problématique.

La contamination a pu être ainsi contenue à une chambre et au salon, les deux pièces directement adossées aux nids contaminés sur le mur extérieur.

Analyse scientifique, par JM Bérenger,

Entomologiste médical, Directeur du Laboratoire Diagnostic Insecte et correspondant du Muséum National d’Histoire Naturelle.

“UNE INFESTATION DE MAISON PAR UNE PUNAISE PEU CONNUE….”

par JM Bérenger et Equipe INELP, aout 2020

On connait bien maintenant les punaises de lit, Cimex lectulariuset Cimex hemipterus, parasites de l’Homme et bien installées dans nos chaumières. On connait moins les autres membres de la famille (Cimicidae) qui vivent aux dépens d’animaux. En France, c’est notamment l’espèce Cimex hirundinis qui vit sur oiseaux. Toutefois des cas de piqûres sur Humain par des espèces sauvages sont décrits dans la littérature : Cimex hirundinis en Italie, Japon, Slovaquie et Cimex pipistrelli en Angleterre.

Récemment, l’INELP a été sollicitée pour avis sur un cas dans la région de Toulouse. Dans une maison récemment acquise, des personnes se plaignent de piqûres et d’insecte qui tombent du toit et piquent les gens à l’extérieur (fig. 1). Dans la maison aussi, le salon et une chambre sont colonisés par quelques individus, au moins deux enfants sont piqués dans la chambre. La maison comporte de nombreux nids d’hirondelles tout autour du toit, nids appartenant à l’espèce Delichonurbicum(fig. 2). Après examen visuel, tous les nids sont infestés par Cimex hirundinis, un Cimicidae de taille réduite, 3-4 mm, et comportant plus de soies queC. lectularius (fig. 3 et 4). Anciennement nommé Oeciacushirundinis, ce genre a fait l’objet d’une étude phylogénétique et il a été mis en synonymie avec le genre Cimex par l’équipe de Balvin en 2015 et reconnu par Schuh et Weirauch, 2020.

Dans certains nids abandonnés, nous avons prélevé des cadavres d’oiseaux secs, certainement morts par anémie compte tenu du nombre de punaise. L’examen de ces cadavres a révélé la présence de nombreux spécimens cachés à l’intérieur des cadavres et une centaine de punaises ont été prélevées. Les nids habités ont simplement été photographiés, ces oiseaux étant protégés et les nids comportant des jeunes et des œufs, il est impossible d’envisager un traitement et des prélèvements. La seule solution serait de traiter les nids en hiver, lorsque les hirondelles ont migré.

D’après nos observations, les punaises sont cachées surtout à l’extérieur des nids, dans les anfractuosités nombreuses sur ces nids constitués de boue (fig. 7), dans les fentes et interstices des murs et des structures en bois. On notera la quantité de déjections accumulée autour des nids (fig. 5,6). Ces insectes passent l’hiver dans cet environnement et doivent résister au froid et à une période de jeun en attendant le retour des hirondelles.

Ces punaises sont donc bien inféodées à ces oiseaux et bien adaptées à cet hôte. Les piqûres sur humains sont accidentelles, conséquence de population qui explosent à la belle saison. La promiscuité avec l’habitat favorise le contact avec les Hommes, et de même que Cimex lectularius peut se nourrir accessoirement sur plusieurs hôtes (chien, chat, rongeur…), Cimex hirundinis peut aussi diversifier transitoirement son régime alimentaire. Il n’existe pas d’étude qui montrerait un développement complet de cette espèce sur sang humain. Nous avons quand même voulu vérifier en laboratoire si cette espèce pique vraiment l’Humain et quelques spécimens ont été déposés sur la main d’un volontaire. Les punaises se sont quasiment toutes gorgées (fig. 8).

Des études scientifiques sont en cours sur les punaises collectées, les résultats feront l’objet d’une publication.